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16 mai 2011

Sur « La révolution du livre numérique »

Filed under: Internet,Livre numérique — Auteur @ 17 h 47 min
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M. Tessier, B. Racine, J-N. Jeanneney, F. Samuelson, B. Fixot, T. Cremisi, L. Ferry : La révolution du livre numérique (Odile Jacob, 2011).

Ce livre, qui réunit des contributions de tous les acteurs du livre numérique (bibliothécaires, éditeurs, agents littéraires, experts, etc.) est sans doute la meilleure introduction, à ce jour, à l’ensemble des espoirs que le livre numérique suscite et des problèmes qu’il pose. Non que l’ouvrage soit complet (on regrettera par exemple qu’il n’y ait pas une ligne sur l’utilisation pédagogique du livre numérique et sur l’édition scolaire, et seulement une vague allusion à l’immense intérêt que le livre numérique fait naître dans les pays en voie de développement). Mais il présente de manière remarquablement claire quelques débats fondamentaux (sous quelles conditions les bibliothèques peuvent-elles collaborer avec Google pour la numérisation de leurs livres ? faut-il, et comment peut-on, mettre en place, en France, une plate-forme unique du livre numérique ? qui doit déterminer le prix du livre numérique ? quel doit-être son taux de TVA ? etc.).

Les interventions les plus stimulantes sont, à mes yeux, celles qui refusent de s’enfermer dans des dichotomies simplistes (celle l’ordre et du vrac dans l’accès aux données, par exemple). Marc Tessier, en particulier, montre qu’il est possible et nécessaire d’articuler les modes d’organisation cohérents (ceux des grandes bibliothèques) et la liberté de butiner le patrimoine sur les moteurs de recherche, et que cette articulation va dans le sens de l’intérêt du grand public, des auteurs et des éditeurs. Il plaide, comme Bruno Racine, pour une collaboration exigeante avec Google (en attirant en particulier l’attention, comme dans les divers rapports dont il a été le maître d’œuvre, sur la nécessité, pour les bibliothèques, de ne pas confier à Google l’exclusivité sur le patrimoine, tant du point de vue du mode d’accès que de la conservation et de la commercialisation des fichiers). A remarquer, une excellente analyse, par Bruno Racine, du sens et de l’enjeu de la numérisation, par Google, des œuvres protégées par le droit d’auteur, et des procès en cours à ce sujet, tant aux États-Unis qu’en Europe (68) et une bonne synthèse, dans l’intervention de François Samuelson, des problèmes que pose l’exploitation des droits numériques (128).

On peut trouver nettement moins convaincantes les interventions qui, comme celle de J-N. Jeanneney, opposent mécaniquement l’ordre au vrac, au risque de sous-estimer les compétences et l’autonomie des citoyens et de prôner une conception paternaliste de la culture (« Il me semble en effet qu’une profusion non organisée, non classée et non inventoriée n’a guère d’intérêt, surtout pour les néophytes, qui ont justement besoin d’être guidés (…). Vous et moi, nous appartenons à une génération formée à un autre type de culture, il nous est donc aisé de nous orienter dans le vrac car nous savons ce que nous recherchons (…). Nos enfants, eux, possèdent la plupart du temps une culture « zapping » plus morcelée et, parfois, plus superficielle, même si elle n’est pas forcément moins riche »).

Un regret : très peu d’interventions abordent avec précision la question de la nature du livre numérique et s’attachent à décrire le type d’objet dont il s’agit. B. Racine remarque, sans vraiment développer ce point, que le livre numérique n’est pas un fac-similé d’ouvrages existants, qu’il va sans doute évoluer dans le sens d’une production hybride (avec image, vidéo, musique, etc.) et interactive, à tel point qu’on peut se poser la question de savoir s’il s’agit bien « du même objet ». Teresa Cremisi est la seule à consacrer une description précise à ce sujet, sur l’exemple, en particulier, de la bande dessinée et du roman, vendu par épisodes, sur les mobiles. Mais il est clair que la portée de ce phénomène n’est pas perçue de la même manière par tous (l’éditeur B. Fixot, de manière symptomatique, conçoit ce nouveau type d’objet comme la juxtaposition d’un livre traditionnel et d’un « enrichissement multimédia des contenus »). L’intervenant apparaissant sous le nom de Conseil d’analyse de la société fait remarquer à juste titre qu’il y a là une manière de sous-estimer la nouveauté du livre numérique. Il me semble évident que certains des problèmes commerciaux et juridiques abordés dans l’ouvrage souffrent de cette conscience insuffisante de la nouveauté de cet objet qu’est le livre numérique.

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